Qui est derrière la campagne virtuelle « Visite Luilu » ?

Visite Luilu

Depuis cinq jours, plusieurs photos et vidéos circulent sur internet, montrant des hommes et des femmes couverts de poussière dans des mises en scène à la fois choquantes et artistiques. On y voit notamment une femme en robe de mariée, accompagnée de son « époux« , posant dans un environnement sableux ; un homme en costume-cravate, entièrement recouvert de poussière ; un autre assis au beau milieu d’une route sablonneuse, le visage complètement masqué par la poussière du coin.

Autant d’images à caractère satirique qui ont enflammé la toile ces derniers jours.

Plusieurs questions émergent : Qui se cache derrière cette initiative ? Quel est le but réel de cette campagne ? Et surtout, où se trouve Luilu ?

Luilu : une cité oubliée, au cœur du cobalt

Le Mouvement National des Consommateurs Lésés s’est rapidement penché sur cette campagne digitale baptisée #VisitLuilu, qui a capté l’attention d’un large public sur les réseaux sociaux. Mais avant de s’y attarder, il convient de situer Luilu.

Luilu est une cité de la province du Lualaba, précisément dans le territoire de Mutshatsha, à environ 30 kilomètres de Kolwezi, chef-lieu de la province et capitale mondiale du cobalt. Riche en ressources minières, Luilu abrite notamment Kamoto Copper Company (KCC), une entreprise conjointe entre le géant suisse Glencore (75 %) et la société publique congolaise Gécamines (25 %).

Une campagne spontanée et virale

La campagne VisitLuilu a été lancée de manière spontanée par un groupe d’artistes humoristes locaux, désireux d’alerter les autorités sur l’état de délabrement avancé des routes de la cité. Sans qu’aucune organisation ne soit officiellement identifiée comme initiatrice, la campagne a rapidement été relayée par d’autres humoristes katangais, qui ont chacun à leur tour produit des vidéos satiriques pour dénoncer la situation.

Le phénomène a ensuite été amplifié par plusieurs influenceurs congolais, qui ont partagé massivement les images, apportant ainsi une dimension nationale à ce cri d’alarme citoyen. Le message est clair : Luilu contribue à l’économie nationale par la redevance minière, mais ne bénéficie d’aucune retombée visible en termes de développement.

Une réalité sociale alarmante

Selon les informations recueillies, les problèmes de Luilu vont bien au-delà de l’état des routes. La cité fait face à :

  • un manque criant d’eau potable,
  • des coupures d’électricité constantes,
  • l’absence d’hôpitaux modernes, d’écoles de qualité,
  • et même de structures hôtelières dignes.

Les habitants dépendent encore de groupes électrogènes pour recharger leurs téléphones ou regarder une simple émission sportive. Les rares touristes ou visiteurs dorment parfois au couvent des sœurs religieuses, faute d’alternative.

Pourtant, Luilu, comme bien d’autres zones minières du pays, contribue significativement au budget national.

Comment expliquer qu’à seulement 30 kilomètres de Kolwezi, des populations vivent dans un état aussi précaire, alors même qu’elles dorment littéralement sur des richesses colossales ? Ce contraste entre les ressources du sous-sol et la misère du quotidien est non seulement choquant, mais inacceptable.

La campagne #VisitLuilu ne cherche pas à ridiculiser : elle réclame justice, équité et développement. Ce message porté par des artistes et relayé par des citoyens ordinaires mérite une réponse concrète. Car une nation qui ignore les voix de ses oubliés mine elle-même son avenir.

Les consommateurs lésés.